En Guise d'Introduction
Il convient de préciser quelques petites choses en guise d’Ouverture, avant que la lecture de notre Fantaisie ne débute.
En Mai 1991, perdu dans la banalité d’une vie à la petite semaine, je plaquais mon emploi de vendeur à Conforama. Téléviseurs, magnétoscopes, chaînes hi-fi, caméscopes, machines à laver ou à sécher le linge, cuisinières, réfrigérateurs, congélateurs, plaques chauffantes, fours encastrables et fours micro-ondes. Je vendais depuis 4 ans du bonheur propre et clinique. Cheveux courts. Costard-cravate. Chaque matin rasé de près. Pas de boucle d’Oreille. Je me devais d’afficher une convivialité rassurante derrière une stratégie de requin souriant, afin de subvenir aux besoins de ma famille. « C’est un bon jour si l’on meurt, bon appétit aux tueurs » ne chantait pas encore Eric. Et je gagnais ma vie avec difficulté. C’est qu’enculer mon prochain n’a jamais été dans mes cordes. Dans ce milieu d’une affligeante platitude, je passais pour une sorte d’Alien, survolant la surface de vente tel un Ovni en pilotage automatique, de 10h à 19h30.9h30/19h30, le Samedi. Nocturnes occasionnelles en fin d’année et durant les Soldes. 700 francs de fixe brut + un pourcentage sur mes ventes. Il faut bien gagner sa pitance ma brave dame, sa triste pitance mon bon monsieur. Le meilleur vendeur s’en tirait avec 15 000 ou 16 000 francs par mois hors la saison de fin d’année. Moi je survivais entre 4500 et 8000/9000 francs gagnés sans grand éclat. Selon les mois. Et malheur à moi si je loupais un week-end ! Car c’est durant le week-end qu’un vendeur à Conforama se fait son salaire. Je rentrais chez moi lessivé. Éteint. Mort-vivant. Vidé. Pour survivre dans ce vaste Néant je lisais et relisais Nietzsche et, la nuit, j’écrivais de curieuses Stances métaphysiques dans le Sanctuaire Secret de ma Chambre. Quand je n’écrivais pas, le casque rivé sur les oreilles, j’enregistrais des chansons aux sonorités apocalyptiques et néfastes sur mon Fostex 8 pistes sans aucun projet déterminé en tête. J’avais, alors, épuisé les possibilités de rejoindre un groupe sérieux sur ma région, à Massy dans l’Essonne. Depuis 1980 j’avais participé à un paquet de groupes,du plus mauvais au plus tenace. Entre les musiciens se prenant pour Keith Richards ou Yngwie Malmsteen dés qu’ils connaissaient trois accords basiques et deux descentes de manche, et ceux inspirés par les substances illicites au point de louper les répétitions ou de se planter sans arrêt sur les parties délicates durant les concerts, j’avais donné à ces diverses farces mon temps, mon énergie plus que de raison et ruiné, en partie, la qualité de mon désir à l’égard de la musique. Je perdais patience. Le Rock and Roll avait-il donc mal vieilli ? Je passais alors une annonce dans divers magazines « guitaristiques » et, démissionnaire de Conforama, je tirais des plans sur la comète. J’écoutais mes cheveux pousser.
Je reçu une dizaine de coups de téléphone. Déception sur déception. Par désespoir, j’imaginais un ramassis de rockers hexagonaux aux dents cassées, à l’haleine fétide sentant la « 1664 » et aux slips jaunes devant, marrons derrière et, probablement, verts dans le fond. Les propos échangés me laissèrent muet. Mes idoles mortes devaient se retourner dans leurs tombes. Mes idoles vivantes, elles, traçaient leur route dans une joie pure sans même prêter attention à ces sinistres usurpateurs.
Les uns rêvaient déjà d’être en haut de l’affiche (et répétaient une ou deux fois par semaine… mais surtout pas le week-end), les autres voulaient à tout prix ressembler à des émules de la Mano Negra ou des Garçons Bouchers. Je ne méprisais pas ces groupes, mais ni leur esthétique, ni leurs propos pseudo-politiques ne me convenaient. Noir Désir trouvait grâce à mes yeux et, surtout, à mes oreilles, mais je ne voulais en rien marcher sur les pas de la bande à Bertrand Cantat. Je n’avais plus 18 ans. J’approchais de mes 26 ans et, à cet age, la trentaine se profile déjà à l’horizon pour ceux ou celles qui ont brûlé une partie de leurs cartouches durant leur adolescence. J’étais de ceux-là.
C’est alors que la voix timide et frêle d’Eric James m’appela aussi. D’emblée le contact fut d’une tout autre nature. Nous parlâmes de U2, des Doors, de REM, de Led Zeppelin, des Clash, de Bruce Springsteen, mais aussi de Friedrich Nietzsche, de Mystique Juive, de Taoïsme, de Soufisme, de Jack Kerouac, de Goethe. Il me fallait rencontrer ce mec. La proposition initiale, de rentrer au sein de son groupe, The Sentinels, ne me séduisit pas immédiatement, et ce malgré le fait que le groupe venait de sortir un album chez Musidisc, produit par Little Bob (« Face of Desire »). Mais la Volonté tenace d’Eric pour faire peau neuve et orienter ses Sentinels vers de nouvelles sonorités et un nouveau nom eut raison de mes retranchements. Un nouveau groupe allait prendre forme et j’allais être de la partie. C’est ainsi, qu’après plusieurs contacts téléphoniques et épistolaires nous finîmes par nous rencontrer en Septembre 1991 et le groupe Venice naquit des cendres fumantes des Sentinels.
Dés lors commença une aventure dont je ne regrette que peu de choses aujourd’hui si je daigne, dans les instants de Nostalgie, regarder en arrière. Le chemin parcouru. Les chansons écrites dans la fièvre. Les disputes. Les périodes de vaches maigres. Les conflits quant aux stratégies à adopter pour assurer la pérennité de notre formation. Les Victoires. Les putains d’échecs. Curieusement, les fous rires mis à part (et ils furent nombreux) et une poignée de concerts vraiment mémorables sur quelques centaines, ce que je retiens de notre Odyssée… et bien ce sont surtout les échanges que j’ai pu avoir avec Eric. Une réelle Fraternité Intellectuelle s’est instaurée entre nous malgré bien des points de désaccords qu’il me serait trop délicat et ardu d’expliquer ici en quelques phrases. Avec le temps, une complicité évidente a vu le jour.
Après bien des déboires, que nous rêvons d’écrire un jour, Eric et moi, à deux voix (à deux voies ?), notre groupe ne parvenant pas à se séparer, nous le mîmes en « dormition »… Oui ! Tel le Roi Arthur au fond de son Lac.
Eric à New York, en quête de lui-même, Franck, Fred et moi-même en France à se demander ce qu’on pouvait faire de toute cette longue histoire de plus de 10 ans. Nous étions en 2002. Quelques mois auparavant le World Trade Center venait d’imploser sur lui-même, signant par là notre entrée fracassante dans le 21ème Siècle. Sang, Chair et poussière. Offrandes Sataniques. Meurtres de l’innocence. Accélération générale. Affres et faux espoirs. Prières de l’Underground. Bien en dessous du « Ground Zero ». Et bien au-dessus de tout ce fatras putride.
Venice ? Grand Silence. Le reptile se rétracte avant l’attaque. Patience fantôme dans l’Azur.
En Janvier/Février 2003 la machine se lance. Fred et Franck enregistrent, seuls, comme des grands, la Batterie et les Basses basiques de dix titres à peine achevés, tous frais, tout juste sortis de la Matrice. Composés durant l’année 2000/2001, juste avant le départ d’Eric pour les USA. Squelettes élastiques. Structures définies. Mais suites d’accords hésitants. Juste 4 textes écris. Lignes de chants grommelées en « Yahourt ». Absence de climats. Atmosphère tout juste respirable. Aucune couleur précise. Juste la pulse rythmique. Le battement de l’Être non encore révélé. Probables. Possibles. « Deviens ce que tu es ».
Les enregistrements se font chez Fred. Locataire d’une maison, il vide une petite pièce qui lui sert habituellement de bureau, Home Studio, lieu de réunion du groupe. Et là, en ce lieu exigu, Franck et Fred couchent sur le disque dur de la Workstation Roland VS-1880, l’assise de nos chansons.
Le Samedi 15 Février 2003, Fred et Franck débarquent chez moi, à Massy, et installent dans ma pièce musicale, dans l’appartement du HLM qui nous abrite, moi et ma famille, le VS-1880 pour que j’y couche mes guitares. Configuration numérique. In. Out. Câblages. Explications. Mises en gardes. J’écris dans mon « Journal», à cette date :
« J’écoute Fred attentivement. Je prends des notes. J’évite de lui montrer trop que la panique couve à l’intérieur.
Je me sens éloigné de tout en vérité. De Venice…de la guitare…de la musique… de moi-même. »
Au sortir d’une grosse crise existentielle, j’affronte, à ce moment précis, mes inquiétudes déchaînées, mes ancêtres, mes revenants, mes tortures, ma clameur vivante aussi. Le Passé de mes naissances. L’Avenir de ma Mort certaine. Palpitations Cardiaques combattues à coup d’Homéopathie et de séances d’Acupunture. C’est dans cet état d’esprit que j’attaque l’enregistrement progressif de mes guitares. Jaillissements des couleurs. Climats appropriés. Architecture sonore. Sculpture de l’ouï. Saturations. Flanger. Chorus. Auto-Wha et Wha Wha souffrantes. Delays shootés sous pédale Whammy. Coups de Vibratos et nappes auditives. Accents et rebonds. Bootleneck d’un bayou cosmique et slide mélodique. Les guitares, sur le morceau qui deviendra (le texte une fois terminé) « At the First Time », ont été enregistrées 2 ans auparavant. J’en suis satisfait et je prends la décision de les garder. Les 9 autres chansons s’accouchent dans le calvaire.
Pendant l’enregistrement, je traverse une période professionnelle difficile. Ma grand-mère Maternelle, à laquelle je suis très attaché, a un Accident Vasculaire Cérébral qui lui paralyse tout son côté gauche. Le col du fémur cassé, elle est déjà porteuse d’un Pacemaker. Semaines de souffrance. Incertitudes. Opération Impossible.
Le père d’Eric, vivant au Maroc, meurt.
Voiles noirs et moissons mortuaires.
Je m’intéresse à la Physique Quantique.
Je fais un voyage éclair de 6 jours en Serbie pour retrouver mon père que je n’avais pas vu depuis 1977 et que tout le monde croyait mort suite aux évènements qui ont ébranlé les Balkans durant les années 90.
La lumière de l’île de Rée m’éblouie, aussi.
Je suis un damné cherchant la Sortie hors de l’Enfer. Et, entre deux aspiration-expirations, je cherche l’inspiration et, inlassablement, mais la peur nouée au ventre… j’enregistre.
Au bout de quelques mois, nous transférons à nouveau le VS-1880 chez Fred où nous finalisons les enregistrements. Nous composons deux titres supplémentaires. « Cyborg » et l’instrumental « Netzach ».
Le Samedi 6 Mars 2004, je pouvais écrire, soulagé :
« La guitare a définitivement
planté ses lames dans les cibles choisies.
Les chansons l’affirment.
Je suis VIVANT.
Son des cloches
sur la Place Saint-Marc. »
C’est à ce moment précis que Fred élabore les touches finales de l’habillage prêt à accueillir la Voix d’Eric pour que le Corps s’Incarne. Boucles électroniques en métastases de Vie sur un fond noir et lugubre. Cancer général Inversé. Les textes d’Eric éclaireraient ce curieux Phénomène dont nous parachevions l’assemblage.
Durant tout ce temps alors que nous œuvrions à notre Art, Eric, exilé à New York, demeurait difficilement en contact avec nous. Un mal-être foudroyant le faisait divaguer d’îlot de perdition en îlot de foi. Les textes n’étaient pas écrits. Ses e-mails faisaient peur puis, habilement, aménageaient une ouverture éclairante.
C’est qu’Eric était en guerre, tout autant que nous. Mais selon d’autres bifurcations, d’autres codes, d’autres stratégies.
Le 15 Mars 2003, alors que j’attaquais tout juste l’enregistrement de mes guitares sur notre nouveau projet, nous prenions la décision folle et impétueuse d’échanger quotidiennement, Eric et moi, via messagerie, de courtes pensées, sentences joyeuses ou cyniques, états d’âmes, haïkus bâtards, propos malhonnêtes et prières désespérées, selon un principe simple : l’un envoie le diapason, l’autre rebondit spontanément. Il ne s’agissait pas de forcément privilégier l’INSTANT. Parfois de Lointaines expériences Psychédéliques ont refait surface et influencé certaines de mes pulsions écrites. C’est que, sur ce plan, nous nous sommes calmés. Trois membres du groupe sur quatre sont de laborieux pères de familles.
Généralement limités à un aller-retour, certains jours un peu plus fervents ont donné lieu à des échanges doublés ou triplés.
En fait : carte blanche. Pas de règles. Liberté de dire. Liberté d’écrire. Liberté d’accueillir le Jaillissement.
Au cours de ces échanges nous avons, Eric et moi, continué à porter l’étendard du groupe. En fiers Vénitiens d’une Virtualité Incarnée. Paradoxe de l’Internet. Nous nous sommes nourris mutuellement de ces Stances verbales déstructurées tout en luttant côte à côte, par ce contact, pour préserver un espoir, une perspective pour Venice. En arrière fond se déroulaient tous ces drames que j’évoquais plus haut.
Ainsi, du 15 Mars 2003 au 15 Mars 2004, nous échangeâmes nos errances en ce bas-monde.
Durant l’été 2004, de passage par la France, Eric (acculé au mur) écrit les 7 textes restants du projet et enregistre ses 12 chants sur un ensemble de 13 morceaux dont un instrumental. L’ensemble en seulement 6 jours. Une vieille chanson du groupe, « Le Vin de mes Pères », sorti d’un tiroir et dépoussiérée est mise en orbite électro par Fred. La Voix d’Eric se pose dessus comme une incantation très ancienne, revisitée.
J’aime à croire, secrètement, que notre échange poético-épistolaire lui aura servi de mise en forme, de préparation Verbale et, peut-être, de restructuration de son inconscient pour ce qui allait être son exploit à lui au sein de cette aventure : écrire les textes manquants et enregistrer tous ses chants en seulement 6 jours… le couteau sous la gorge. Danse dessus le gouffre et instinct de survie. Mais tout cela transcendé.
En les écrivant nous n’avons eu, à aucun moment, la moindre prétention littéraire quelconque. C’est pour cette raison aussi que je considère, quant à moi, ces extravagances comme une simple fantaisie. Une amusante Catharsis.
Nous vous les livrons ici humblement.
Nebojsa CIRIC
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Messages Trans-Atlantiques plus quelque chose entre parenthèses… (La Queue entre les jambes)
Par Eric James et Nebojsa Ciric
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Samedi 15 Mars 2003
Eric :
Des rangées d'hommes fatigués
offrant leur dos
à la bastonnade.
Nebo :
De l'autre côté du miroir,
le guetteur sait la dernière heure.
Il est minuit moins deux sous l'œil de Dieu.
Dimanche16 Mars 2003
Nebo :
Demain mille espoirs se dissolvent,
de ces rêves paisibles qui font tourner le monde.
Surgiront du charnier l'Être et la bête,
l’eau matinale sur mon visage le clame,
chaque rayon de lumière l'atteste.
Eric :
L'estomac gargouille.
Est-ce donc le ver de la faim ?
Mes lèvres sont sèches.
Lundi 17 Mars 2003
Nebo :
Le Mal-Être surgit à l'aube,
il a ses raisons
dévastatrices pour apprendre.
Eric :
A travers l'océan des larmes,
mes yeux cherchent
le reste de mon corps.
Mardi 18 Mars 2003
Nebo :
Loin de ma Patrie éteinte,
je suis en exil.
Ma plainte consumerait un astre.
Eric :
Ma tête passée au rouleau,
sous la vague,
finira de sécher sur le sable.
Mercredi 19 Mars 2003
Nebo:
La toilette sobre matinale
dévoile la voie oblique.
L'écriture clame et nettoie.
Eric :
Dehors, le soleil
peut être touché
du doigt.
Jeudi 20 Mars 2003
Nebo:
Un monde s'accouche dans la douleur,
sans joie aucune.
Il chancèle de n'être pas ce qu'il pourrait être.
Eric:
Je marche comme un écolier.
Encore plus avant
sur le sentier rocailleux.
Vendredi 21 Mars 2003
Nebo :
Dire l'essentiel ? Difficile !
Sournoise, la bête veille,
promet le miel... impose le sel !
Eric:
Les deux mains réunies en coupe,
Je ne tremble pas.
Le réceptacle est offrande avant l'offrande.
Samedi 22 Mars 2003
Nebo :
3h30 du matin à la fenêtre de la cuisine.
La ville est calme, des oiseaux chantent.
Une voiture "techno à fond" passe.
Je tire sur mon joint.
Eric :
Si je souffle au bon endroit,
sur l'immeuble d'en face ?
Il s'écroule.
Dimanche 23 Mars 2003
Nebo :
Le sabre sombre de son mouvement
à peine se reflète
dans l'eau du lac de mes songes.
Eric :
Poissons aveugles
à queues brutales.
L'heure de la revanche.
Lundi 24 Mars 2003
Nebo :
L’enseignement quotidien,
pèlerinage de sang,
élabore un vaste monde.
Le villageois de la planète
cligne des yeux
et n’en a cure.
Eric :
Derrière mon dos, les mâchoires de fer.
Mais combien de minutes
pour un oeuf a la coque ?
Mardi 25 Mars 2003
Nebo :
Grisaille quotidienne qui ronge
les songes comme le réel,
chaque jour l’Être… un peu plus !
Eric :
Raser ma barbe ne suffit plus.
Rincer rasoir et blaireau non plus.
Je veux redevenir absurde.
Mercredi 26 Mars 2003
Nebo :
Le corps ! Cette « raison supérieure »
appelle l’expansion,
la joie… s’incarner plus loin.
S’incarner… plus haut !
Eric :
A travers le chas de l'aiguille
je distingue le droit chemin.
Honteux de retenir l'élan intérieur.
Jeudi 27 Mars 2003
Nebo :
A ma vue, encore une fois,
s’impose la masse difforme
de la norme et des mille lois.
Eric :
Le cheval me désarçonne.
Rafraîchi par la boue
je caresse son fidèle museau.
Vendredi 28/03/2003
Eric :
Des miroirs éparpillés dans la plaine.
Ils nous aveuglent de soleil.
Curieux épouvantails.
Nebo :
Mais point d’effroi en moi,
juste un haut chant moléculaire
une prière profonde,
source fraîche à mes oreilles
devant les restes d’une civilisation.
Samedi 29 Mars 2003
Nebo :
En peu de points respirer.
A l’éveil rien n’invite.
Il faut, plus loin, prendre acte.
Eric :
Dé-serrer les poings
et la langue se relâche.
La cruauté est à marée haute.
Dimanche 30 Mars 2003
Nebo :
La tourbe, dans sa gangue,
cherche, dés l’éveil, à me cueillir.
Pénétrant le dehors
j’éviterai ses socles récifaux.
Eric :
Plutôt le silence
que faire sonner la cloche
du mensonge.
Lundi 31 Mars 2003
Nebo :
Admoneste-moi, ô ÊTRE !
Ici, relâche,
encroûtement de l’esprit,
liquéfaction de la chair.
Eric :
Dans la large poêle
une crêpe complaisante
attend son tour.
Mardi 01 Avril 2003
Nebo :
Le corps est propre, l’esprit clair,
vêtements accueillants
mon joyaux : chair équivoque.
Eric :
Survol de la mouette.
Des amis se donnent l'accolade
sur le bord du trottoir.
Mercredi 02 Avril 2003
Nebo :
Dehors, pluie et soleil.
J’atteins, fermant les yeux,
mes provinces antiques, en moi,
très profond, en les gènes !
Champs de batailles.
Chants et dithyrambes.
Sang et Or.
Acquiescement.
Eric :
Longues tables de bois
patinées de silence.
Le souvenir des noces.
Jeudi 03 Avril 2003
Nebo :
Joint crépitant entre mes lèvres.
Pluie d’Avril. Senteurs fortes.
Sur ma gauche : l’Ouest, lointain Soleil.
Sur ma droite : un nuage sombre s’en vient,
promesse des menaces à venir.
Une femme promène sa chienne à trois pattes.
Eric :
Encore le son de la cloche.
il dépoussière les âmes.
Bribes de déceptions, poussées par le vent
et qui viennent finir sur le bord
De ma fenêtre.
Vendredi 04 Avril 2003
Nebo :
Pure merveille que les fleurs.
Elles s’enflent déjà du Soleil
qui les gorge d’un désir neuf.
Eric :
Dans l'innocence, déployées.
Fleurs comme les pupilles d'un nouveau-né.
Réceptacles de rosée et de lumière.
Samedi 05 Avril 2003
Nebo :
La Solitude. La Liberté. L’audace.
Besoin de peu de choses :
mon pain et mon Art.
Le reste me sera donné.
La gloire est dernière sur ma liste :
feu de paille n’éclairant rien…
Un peu d’Eau Pure…
et le Vent… et la Terre… et le Soleil…
et le Bois… et l’Acier de ma lame…
Le Vin intérieur donnant le sourire.
Eric :
Dans les rues de la vie
quel besoin d'une armure ?
Juste un pardessus anonyme
et deux yeux qui reçoivent sans trier.
Dimanche 06 Avril 2003
Nebo :
04h11 du matin.
Mes yeux ne sont plus mes yeux,
saturés des pixels de l’écran
ils sont l’écran qui me regarde.
Le I-Mac me sourit.
Eric :
A chaque « clic » de la souris
je jette une pierre dans le lac,
je fais un tour d'horloge.
Lundi 07 Avril 2003
Nebo :
La texture du livre érige,
par le contact d’Or,
un temple des possibles en l’être.
Eric :
Une parure de chair
et un moi dont je me détache
l'estomac est trop petit pour accueillir
la Vérité.
Mardi 08 Avril 2003
Nebo :
Les plaies abreuvent de savoir
ceux qui cherchent le lien,
la cathédrale de lumière !
Eric :
La bouche restera close,
on ne peut pas se gargariser
avec l'élixir de longue vie.
Mercredi 09 Avril 2003
Nebo :
Un vent vient d’Est. Ode.
Demain, larges, les portails nous accueillerons.
Nous entrerons dans la cité promise pour y boire
le vin de notre jeunesse.
Mais pour l’instant… respire.
Eric :
Dans le ciel blanc,
oiseaux immenses et mythiques.
Leurs ailes battent au rythme
de mes paupières éblouies.
Jeudi 10 Avril 2003
Nebo :
Ereinté par la chevauchée quotidienne
ne menant nul part. Pour survivre au Chaos
je m’abandonne aux vagues déferlantes.
Je conjugue mes forces sous l’influx
de la Force centrale. Doux crépuscule
accueille moi.
Eric :
Le long de l'échine frissonnante
je remonte jusqu'à la chevelure.
Il y subsiste quelques cristaux de sel :
résidus d'une lointaine enfance.
Vendredi 11 Avril 2003
Nebo :
Dans l’antre de ma poitrine
mon cœur bat sa démesure.
Le temps n’a pas d’emprise sur moi.
Je bande encore !
Eric :
Chaque cicatrice est un œil
qui s'ouvre,
une opportunité où s'engouffre
le soleil.
Samedi 12 Avril 2003
Nebo :
Ceindre mon cœur
de la couronne d’épine ?
Ou danser gaiement un Savoir neuf ?
Dans les deux cas, ma peau en frémit.
Eric :
Aux jointures des doigts
s'organisent de minuscules cosmos :
début de la prière.
Dimanche 13 Avril 2003
Nebo :
Offrande quotidienne,
gratitude de mon corps.
Comme si le moindre atome de mon incarnation
disait « merci » !
Une structure supérieure porte.
Une structure supérieure acquiesce.
Une structure supérieure abîme.
Une structure supérieure fonde…
…au quotidien.
Eric :
Epaules chauffées
par l'astre royal.
Vue perçante
de zéro à l'infini.
Lundi 14 Avril 2003
Nebo :
Ardeur de la jeunesse.
Tout à la fois flèche et cible.
Un convoi intérieur me porte
que vous ne soupçonnez même pas.
J’ai encore des choses à donner, en Saint,
des choses à prendre, en barbare.
Eric :
Devant les vestiges du séisme
on doit renommer les couleurs,
s'inventer de nouveaux outils,
sans que l'œil pleure
ou que la main tremble.
Mardi 5 Avril 2003
Nebo :
Le mariage est journalier
entre 1000 éléments épars, opposés.
Etrange que cela tienne.
Eric :
Des kilomètres le long de la joue droite.
Aussi profonds qu'un lac
ses yeux noirs ne posent aucune question.
Le bout de mon doigt finit sa caresse
Mercredi 16 Avril 2003
Nebo :
La cruauté du Sens…toujours.
Le Raffinement Aristocratique
rend tout appréciable.
Eric :
Trouver le bon couloir :
celui où résonnera correctement
le bruit de mes bottes.
Jeudi 17 Avril 2003
Nebo :
Les alcools tapissent la vision
d’un faisceau d’échappées possibles.
Peut-être n’est-ce qu’une sanglante illusion ?
Eric :
Jeunes filles à peaux mates.
Elles offrent leurs corbeilles de fruits :
la grande plaisanterie du plaisir !
Vendredi 18 Avril 2003
Nebo :
Ecrire, est-ce ce qui me sauvera ?
Être Sauvé a-t-il un autre Sens ?
Le Sens s’écrit-il au fur et à mesure ?
A mesure que l’Univers se déploie
que porte l’Ecriture ?
Le thé vert miroitant me le demande.
Eric :
Nénuphars sur le lac,
port d'attaches pour libellules.
Ils rendent la traversée possible.
Samedi 19 Avril 2003
Nebo :
Je me pose ici, entre mon doux Soleil
et ma tendre lune.
Du haut de vos Siècles vous me scrutez.
Quel étrange amour que celui qui nous unit !
Sous la voûte étoilée, j’appelle la conscience,
qu’elle fleurisse, me porte et me sème,
car la mort est inévitable.
Eric :
Je salue le jour
où mon ventre éclatera
comme un sourire.
Dimanche 20/04/2003
Nebo :
01h55 du matin.
Il me semble avoir bu le calice
jusqu’à l’amertume la plus délicieuse.
Parfois, comme ce jour, chaque chose
est à sa place. La meilleure. La pire.
La Noble. La médiocre.
Hiérarchie de l’Être.
La mort est porteuse de sens.
L’attente un apprentissage.
Eric :
Avant que se lève le vent,
hommage de la rosée,
même sur les feuilles desséchées.
Lundi 21 Avril 2003
Nebo :
Je passe par le couloir du morne quotidien,
chaque jour.
Difficile de semer mes fleurs sur ce chemin.
Je me dois cependant de le faire.
Harmonieuses, vénéneuses, enivrantes,
troublantes et délicates.
Poisons et antidotes
Eric :
Regain de tendresse pour les murs.
La douce chanson du logis.
Je me décloisonne.
Mardi 22 Avril 2003
Nebo :
Mes palpitations cardiaques
sont de la partie… sur la Voie.
Elles enseignent comme tout le reste.
Le cœur est un maître qu’il faut écouter.
Eric :
Ma bouche s'ouvre et veut parler
avec la rage
de l'océan.
Mercredi 23 Avril 2003
Nebo :
Perspicace, la chatte tend ses sens…
…en alerte ! Elle semble voir
des mouvements subtils de molécules.
En comparaison l’Homme est mort.
Je savoure la scène. J’apprends.
Le Félin est un maître.
Nous ne soupçonnons pas
les supports que prend la Voie
pour se présenter à nous.
Eric :
A l'ombre du Grand Eclat de Rire
l'animal m'a vu.
Il agite sa queue.
Jeudi 24 Avril 2003
Nebo :
J’ai lavé mon corps comme si j’avais lavé le sien,
me suis peigné comme si je l’avais peigné elle,
ma mamie, à l’odeur de miel, brisée, broyée,
en morceaux de souffrances innombrables.
L’histoire se poursuit. C’est à se demander
ce que nous pouvons y faire.
Rien.
Tout.
Avancer.
Eric :
J'ai chassé la brume de devant mes yeux
et puis j'ai renoncé.
Le visage en eau.
Qui m'aura vu pleurer ?
Vendredi 25 Avril 2003
Nebo :
Les palpitations cardiaques
disent mille souvenirs.
Elles éventrent le jour
pour mes pas d’homme sans assurance.
Eric :
Terres fraîchement labourées,
l'épouvantail garde ses bras ouverts
au milieu des corbeaux sautillants.
Samedi 26 Avril 2003
Nebo :
Il faut bien vivre, c’est un fardeau.
Le chant des oiseaux est une promesse.
L’espoir se dessine parfois en quelques mots,
quelques battements d’ailes .
Le vent dans les arbres.
Un sourire d’enfant.
Eric :
S'essuyer la bouche
du jus des fraises.
Inspirer fort jusqu'à
la douleur.
Dimanche 27 Avril 2003
Nebo :
Une pluie bienfaitrice exalte le Printemps.
Danse O Vie, malgré moi.
Adieu ? Déjà ? A quoi bon ?
Non, tout se transforme.
Ahurissant. Tourbillon d’énergies.
Rose. Lotus.
Eric :
Chenille née d'hier.
Elle se tortille
dans le creux de ma main.
Lundi 28 Avril 2003
Nebo :
Le scribe a mal aux doigts.
Il ne sait plus où donner de la plume.
Tout semble inaccessible.
Eric :
Et pourtant,
la mine tenue au-dessus de la feuille,
le roman continue de s'écrire.
Mardi 29 Avril 2003
Nebo :
Seul. Triste.
Feuille d’arbre
sur le point de succomber.
Le moindre souffle de vent
m’arrachera à ce rêve lugubre.
Eric :
Mes yeux se sont bridés
quand le soleil est apparu
au dessus du lac.
Mercredi 30 Avril 2003
Nebo :
Parfois ce sentiment étrange
d’être Quasimodo endormi
sous la voûte d’une cloche de Notre Dame.
Eric :
Les colombes viennent picorer
sur mon pardessus
de souffrance.
Jeudi 1er Mai 2003
Nebo :
Je porte ce fardeau funeste
comme une nécessité,
car, quoi qu’on en dise,
ce fardeau est le mien.
Du jour de ma naissance
à cet instant
je l’ai poli sans cesse.
Eric :
Comme chaque matin,
je débarrasse la table
de ses miettes.
Vendredi 2 Mai 2003
Nebo :
Je hais
Tu hais
Il hait
Nous haïssons
Vous haïssez
Ils haïssent
Conjugaison commune.
Eric :
Brûlure matinale du coup de règle
sur mes doigts d'écolier.
Larmes sur ma blouse.
Samedi 3 Mai 2003
Nebo :
Si ce monde implose au printemps,
les arbres auront reverdi,
les oiseaux seront en route,
les fleurs en pleine copulation.
Eric :
Le papillon s'exerce au vol
par vent défavorable,
sans un mot.
Dimanche 4 Mai 2003
Nebo :
Mal aux jambes,
du plomb dans les veines.
Mes soucis s’en moquent.
Eric :
Le long des cernes,
à livre ouvert :
ma vérité.
Lundi 5 Mai 2003
Nebo :
Nous nous retrouvons
après 19 années de séparation.
Etrange songe.
Eric :
Son visage se trouble,
comme la surface du lac
quand il reçoit une pierre.
Mardi 6 Mai 2003
Nébo :
Ce sentiment dans les yeux,
clairement lisible,
d’être passé à côté de quelque chose d’essentiel.
Eric :
Deux larges mains
prêtes à tomber
en cendres.
Mercredi 7 Mai 2003
Nebo :
Oui, je retourne à moi-même.
Mon encre est mon sang.
Je ne peux rien dire d’autre.
Eric :
Encore d’autres énigmes
derrière celles de Dieu
et de l’Univers.
Jeudi 8 Mai 2003
Nebo :
Le cœur bat vite, mais sans extase.
Les corridors internes
cachent leurs lots de pièges à pics.
Eric :
Barbe de sept jours
et yeux gonflés
au réveil.
Eric :
Sur un cheveu prélevé
du crâne d'Adolf Hitler
se déploient les délices.
Le son du luth. Miel et Lavande.
Orangeraies de la Terre Promise.
Nebo :
Une fourmi, sur le chemin,
porte une galaxie
au bout de ses antennes.
La fumée du haschisch
est une nébuleuse d'étoiles.
Vendredi 9 Mai 2003
Nebo :
C’est dans ma solitude
que les fleurs, le ciel, la mer,
s’ouvriront.
Eric :
Les bras en croix,
j'attends d'être fécondé
par le vent.
Samedi 10 Mai 2003
Nebo :
Je voudrais aller,
tel Thorgal ou Blueberry,
à la rencontre du monde.
Eric :
Une patrouille de fourmis
remonte sans peur
du fin fond de ma poche.
Dimanche 11 Mai 2003
Nebo :
Ah si le ciel pouvait descendre sur moi,
tout aurait la couleur d’une verdure fraîche,
mon âme compris.
Eric :
Une paire d'épaules
beaucoup plus sages
que moi.
Lundi 12 Mai 2003
Nebo :
L’eau fraîche matinale.
Les vêtements propres.
Bougies parfumées et encens.
Thé vert. Miel à la gelée Royale.
Kiwis. Ginseng.
Dehors : Soleil.
La plume m’attend
dans son encre écarlate.
Les fantômes ricanent.
Eric :
Que me réserve aujourd'hui
l'intérieur du miroir ?
Il accumule dans le désordre,
et restitue en bonne forme
l'épreuve du jour.
Mardi 13 Mai 2003
Nebo :
Stéphanie en lévitation
au-dessus du vide.
J’imagine la lumière blanche
De l’hôpital l’accueillir.
Ange brisé. Flamme éteinte.
Un tison résiste.
Peut-on sonder la douleur ?
Eric :
Vent dans les rideaux.
Une prière dite à voix haute
et la chair qui frissonne.
Mercredi 14 Mai 2003
Nebo :
L’anorexie a dressé son sceptre,
menace suspendue dessus ta couronne.
Tu refuses la nourriture,
solide ou éthérée,
refuses la force, la transformation.
Prend-toi pour Camille Claudel,
en ton néfaste syndrome,
même les vers ne voudront pas de toi.
Eric :
Ma valise est bouclée : je pars.
A l'intérieur
juste une paire de clefs.
Jeudi 15 mai 2003
Nebo :
Ode à tout.
Brin de lumière.
Souvenirs presque absents.
ICI !
Ici une trame se déroule
et je lui dis « oui ».
Eric :
Sous le couvercle,
j’imagine la pluie
à ses gouttes.
Vendredi 16 Mai 2003
Nebo :
La mue. Une carapace nouvelle.
L’ancienne est éparse.
La nouvelle n’interdira pas l’amour.
Je dis ces choses, en cet instant,
les mots tombent comme des bonbons de miel
hors de ma bouche.
Eric :
La sensation du pantalon neuf,
hélas, de trop courte durée.
Ensuite, ne jamais oublier ses jambes.
Samedi 17 Mai 2003
Nebo :
Atteindre la fraction de seconde
qui se suspend, presque hors d’atteinte,
justement, et révèle, toujours,
deux ou trois choses essentielles.
Eric :
Au bout du souffle,
avant l'inspir :
pas de corde a saisir !
Dimanche 18 Mai 2003
Nebo :
La souffrance se refuse
à me lâcher la grappe :
elle sert bien fort
mes couilles entre ses dents.
Eric :
Un oeil regarde à gauche,
un oeil regarde à droite,
et on avale sa salive.
Lundi 19 Mai 2003
Nebo :
Je t’ai baptisé « lumineuse »,
o la belle affaire !
Tu n’es, désormais,
que ténèbres et marécages.
Contre quoi me battre ?
Qui affronter ?
Eric :
Vivre comme on boit
un verre d'eau.
Liquides en suspension
provisoire.
Mardi 20 Mai 2003
Nebo :
David Bohm rencontre Spinoza.
Ils boivent le thé,
échangent leurs calculs.
L’intuition exulte.
Eric :
Albert Cohen rencontre Albert Cossery.
Ouzo, olives et pistaches,
le rire est gras :
la solution du monde !
Nebo:
David Bohm rencontre Albert Cossery.
Antoine Blondin picole au comptoir,
les observant d'un oeil espiègle.
Le monde est gras:
la solution? Le rire.
Eric :
Mes côtes me font mal,
ma bite me fait mal,
joyeuse rançon du rire
et de la baise !
Mercredi 21 Mai 2003
Nebo :
David Bohm formule
une prière sans le savoir.
L’Infini danse
une danse infinie.
Eric :
Je nettoie mon oeil,
nettoie l'œil
de l'Univers.
Jeudi 22 Mai 2003
Nebo :
Lumineuse,
Je ne puis rien faire
pour te tirer de là,
puisque tu rejettes
le moindre sourire,
le plus petit geste.
Le vent, les oiseaux, les arbres
me le confirment.
Eric :
Avec un bâton.
dans le sable
de mon arrière-cour ;
je trace ton nom.
Vendredi 23 Mai 2003
Nebo :
Si les univers sont multiples
tout en étant UN,
le Savoir est difficile à étreindre.
Qui saura lire les parchemins
au tabernacle déroulés ?
Eric :
Ma plume s'est brisée,
reste une tache,
une révélation.
Samedi 24 Mai 2003
Nebo :
Le temps joue contre moi,
m’en dissuader est inutile.
Même la rose épanouie
finit par laisser tomber
ses pétales écarlates.
Eric :
Je suis seul.
Avec ma sueur
et mes yeux fous.
Dimanche 25 Mai 2003
Nebo :
Avec mes bras fatigués
je t’ai aimée.
Ta chair chaude a abîmé
ma poitrine de marbre.
Me restent l’encre et les larmes,
et les mots taris pour TE dire.
Eric :
Je recompose ta formule
comme un alchimiste
en sursis.
Lundi 26 Mai 2003
Nebo :
Soudain, au détour d’une page,
le soleil devient plus lourd.
La trame devient plus exigeante.
Ecrire devient un soupir…
Eric :
Ici : Un labyrinthe
de couloirs rétrécis
où les murs retiennent leur souffle.
Mardi 27 Mai 2003
Nebo :
Bipède à station verticale.
Sur-singe à peine évolué.
Œillères idéologiques bigarrées.
Et dire que la vision de la réalité
dépend de ta triste volonté !
Eric :
Un tintamarre de percussions,
fer blanc et poubelles,
prend possession des rues.
Mercredi 28 Mai 2003
Nebo :
Je suis toujours l’enfant
des 1000 et 1 sortilèges.
Haschisch ou pas
mon rire fou l’atteste.
Les oiseaux en plein vol me sourient.
Eric :
Marchant encore de-ci, de-la.
Un jour viendra où mon pardessus
prendra lui-seul les décisions.
Jeudi 29 Mai 2003
Nebo :
Imperturbable. De plus en plus.
Les choses ne m’atteignent plus
que dans une juste mesure.
Eric :
Qu'as-tu à me dire
homme aux larmes chaudes ?
Que puis-je faire pour toi ?
Juste anticiper ta venue,
être moi : de glace.
Avant d'être toi !
Vendredi 30 Mai 2003
Nebo :
Sombres pensées qui m’assiègent,
votre Saillie est un calvaire,
un triste viol.
Abysses emblématiques
qui m’anéantissent
avant de me couronner.
Eric :
Le guerrier nu avait un discours
destiné à la foule.
Sa grimace s'est changé en sourire.
Du sommet de son pilier, il n'est pas d'horizon
qui échappe a son regard.
Il se changera en statue, c'est décidé.
Epaules offertes à la pluie, aux rayons brûlants du soleil,
à toutes les intempéries possibles et imaginables,
sans oublier la suprême bénédiction :
la merde de pigeons.
Samedi 31 Mai 2003
Nebo :
L’empreinte que votre peau
me laissa, mademoiselle,
est une peinture antique
en train de se fissurer
sous une poussière volcanique.
Eric :
Mes yeux sont grand ouverts.
Une pression comparable
à la chute d'eau,
diffère la Grande Respiration.
Dimanche 1er Juin 2003
Nebo :
Le ciel bleu,
transpercé de Soleil,
porte, en suspension,
tous nos rires,
toutes nos larmes.
Eric :
Cavalcades dans le jardin d'enfant.
Grincements des balançoires.
Rien ne se rattrapera.
Lundi 2 Juin 2003
Nebo :
Mes bras étaient prêts à l’étreinte,
mes lèvres parées aux embrassades.
De l’encens brûlait.
Elle n’est pas venue.
Eric :
J'éloignais d'un revers de main
un de mes cils
tombé sur la table.
Mardi 3 Juin 2003
Nebo :
Seul à l’aube pâle.
Il fait chaud.
Le Volcan est en sommeil.
L’été approche .
Eric :
Voici le temps des bénédictions :
le temps où l’on sait
qu’il n’y a pas eu d’avant,
qu’il n’y aura pas d’après.
Mercredi 4 Juin 2003
Nebo :
Viendra un temps
où je ne croiserai plus
mes vieux amis
qu’aux obsèques
d’autres amis.
Eric :
Il y aura encore :
un gravillon dans ma chaussure
et quelques moineaux
dans les arbres.
Jeudi 5 Juin 2003
Nebo :
Au téléphone
ta voix a la fragilité
d’une feuille en automne.
Eric :
Mes lèvres sont immenses.
Elles commandent le tonnerre ;
commandent la marée.
Vendredi 6 Juin 2003
Nebo :
J’ai rêvé d’une odeur
de champs de blé
au Royaume de mon enfance.
Le goût du pain
malaxé par ma grand-mère
est encore là, dans ma bouche.
Eric :
Longues tiges de bambous
fouettant les amandiers.
Les garnements ramassent
leur butin.
Samedi 7 Juin 2003
Nebo
Sans trop de mouvements,
ni trop de bruits,
tu déformais ton ombre
en m’ouvrant tes bras.
Eric :
Les portes se sont ouvertes :
chuchotements, connivences ;
air frais sur la sueur
des amants.
Dimanche 8 Juin 2003
Nebo :
Ce sentiment d’être
une énigme
sans réponse.
Eric :
Juste un point posé
au centre de l'Univers,
l'Univers dans ce point.
Lundi 9 Juin 2003
Nebo :
Je suis otage
de ce souffle
qui m’emprisonne
sur cette terre.
M’en libérer
est un long chemin
guerrier.
Eric :
S'affranchir un a un
des éléments de la cuirasse.
Revenir au monde.
Indestructible.
Mardi 10 Juin 2003
Nebo :
Hurlements dans la rue :
de jeunes blacks/beurs
courent vers le marché couvert.
Un ciel de plomb tout domine.
Voitures de police lentes
et sans sirènes.
Eric :
Sous le container
des larmes.
Mon pied tape un rythme
encore plus lent :
un blues encrassé.
Mercredi 11 Juin 2003
Nebo :
Notre Amour fut
Or et Braise.
A présent il n’est plus
que Plomb et Cendres.
Eric :
Place aux éboueurs
les résidus d'histoire,
ils n'en ont cure !
Jeudi 12 Juin 2003
Nebo :
Le loup en moi
est en fuite.
Toujours à guetter
sa pitance.
Mais quelle pitance ?
Eric :
En attendant,
la musique des dents
sur l'écuelle vide.
Vendredi 13 Juin 2003
Nebo :
Dire l’essentiel
en deux phrases
est une impossible
mission.
Seules quelques
saisies éphémères
se déploient
dans la corolle de la Rose.
Eric :
Sécheresse du bâton
dans la main calleuse.
Graviers sur le sentier.
Samedi 14 Juin 2003
Nebo :
Le Sauternes est frappé.
L’andouillette a un goût de merde,
mais c’est bon.
Nous faisons ripailles,
à deux doigts de réinventer
le monde.
Eric :
Elévation.
Comme une bulle de savon
prête à crever.
Dimanche 15 Juin 2003
Nebo :
Les notes sont des bombes.
Le son un commandement.
La guitare un Sabre quantique.
Devant moi les probabilités se déploient.
Eric :
La chair et les os,
les étoiles,
un tableau.
Lundi 16 Juin 2003
Nebo :
Happé par mon vide,
en une néfaste valse
je m’abandonne.
Eric :
Je m'essouffle,
me vide,
insaisissable.
Mardi 17 Juin 2003
Nebo :
L’Irlandaise m’oblige
aux orgues et aux violons.
Elle a la tête dure
et sait ce qu’elle veut.
Se plier à ses exigences
est un devoir Sacré…
Eric :
Baiser rouge
au bas de la robe.
Parfum de renaissance,
de reconnaissance.
Mercredi 18 Juin 2003
Nebo :
Mes empreintes digitales,
(ou peut-être sont ce les tiennes ?)
imprimées
par le contact des frites grasses
sur ce poème, jadis
lu ensemble, à deux voix.
Eric :
Dehors le tonnerre
frappe contre les vitres,
fait vibrer les verres
Jeudi 19 Juin 2003
Nebo :
Revivre ces extases morbides.
Retraverser le Styx et l’Achéron.
Et l’écrire avec grâce.
Eric :
Les doigts devenus secs,
les cheveux fatigues,
et la vue qui s'aiguise
Vendredi 20 Juin 2003
Nebo :
La même chienne à trois pattes
court, un bâton à la gueule,
vers l’inéluctable terminaison.
Et elle joue.
Eric :
Les mains au fond des poches
qu'on m'enterre sans rien toucher.
Les mains au fond des poches
Samedi 21 Juin 2003
Nebo :
Ecrire, d’une imaginaire flamme,
la question,
avec délice,
sur mon plexus solaire.
Eric :
Par les rues sombres,
tête nue sous la pluie :
les illusions partent
dans le caniveau.
Dimanche 22 Juin 2003
Nebo :
Le thé vert matinal
me lave de l’intérieur.
Lâchant prise totalement,
l’écriture me guide.
M’affrontant au Verbe,
celui-ci m’emporte.
Eric :
La tête remplie de coton,
dans une carcasse de fer
je m'envole vers l'Ouest.
Nebo :
A l’Ouest, quoi de neuf ?
Hollywood scintille ?
Les strass sur les paillettes
se font passer pour des fées ?
Ici, probablement, une jeune fille rêve
d’atteindre le trône , quelque part
dans une chambre de bonne
tapissée de Marilyn…
Sourire perlé de larmes…
Eric :
A Venice Beach
on danse pour la paix.
mon crâne est prêt
à exploser.
Lundi 23 Juin 2003
Nebo :
Ode néfaste d’un instant,
saisie l’Espace et le temps,
et réveille l’Être endormi
en les abysses. Profond.
Eric :
Clapotis.
Lac souterrain.
Joyaux qui tintent.
Mardi 24 Juin 2003
Nebo :
Les muscles fatigués,
la sueur salée,
le miel de l’Être.
Eric :
Joues rouges
Au-dessus de l'enclume.
Forgeron sur la voie.
Mercredi 25 Juin 2003